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Échange avec une championne du monde, Hortense Limouzin | BEBALLER



BEBALLER a eu le privilège de pouvoir échanger avec Hortense Limouzin, championne du monde de basket 3x3. En juin 2022 et pour sa première sélection en Équipe de France, elle monte la 1ère du podium avec ses coéquipières Laetitia Guapo, Myriam Djekoundade et Marie-Eve Paget.

Voici la retranscription de l'échange entre la championne et Benoit, co-fondateur de BEBALLER :


Benoit : Comment tu prépares une fenêtre avec l'équipe de France 3x3 ?

Hortense : Déjà, je pense que c'est un travail qui est fait en amont, sur toute la saison, parce qu'on n'a pas la possibilité encore d'être professionnel 3x3.

Donc on se retrouve deux fois pendant la saison : une fois en novembre, une fois en février aux fenêtres internationales pour pouvoir continuer à toucher des ballons 3x3 et continuer de jouer ensemble pour garder nos automatismes.

Une fois qu'on se retrouve à la fin de saison, c'est là qu’on aborde la vraie préparation pour la compétition. Donc voilà, c'est à peu près ça les moments de travail qu'on a dans l'année.


Benoit : Tu dis que tu ne peux pas encore vivre du basketball 3x3. Est-ce que c'est quand-même une ambition ? Est-ce que c'est quelque chose qui pourrait arriver, selon toi ?

Hortense : Je pense qu'on va forcément tendre vers ça les années arrivant. Après, est-ce que ça se fera avant les Jeux Olympiques ? Je ne sais pas. Je l'espère. Parce ce que c'est vrai qu’il n’y a aucun moyen d'être mieux préparé que de faire du 3x3 tout le temps.

Pour l'instant, il reste encore plus intéressant pour nous de jouer dans des compétitions, des championnats qui sont très compétitifs : en LFB, sur les Eurocup ou les Coupes d'Europe.

Mais c'est vrai que c'est quelque chose qui va se faire. C’est sûr et certain, et ce sera très très attractif une fois que ce sera mis en place.


Benoit : Et toi c'est quelque chose qui t’intéresserait si jamais ça arrivait ?

Hortense : Pour l'instant je ne me pose pas la question dans le sens ou ça n'a pas du tout lieu d'être. Après forcément, si à la veille des jeux olympiques, on me propose de m'entraîner et de pouvoir participer à ce projet là… Pour une toute petite dizaine de filles d’être professionnelles 3x3, bien sûr que ça me plairait.

Pour l’instant, on ne sait pas encore du tout ce qui se passera et si ça se fait qu'après les Jeux, bah pourquoi pas aussi. Ce sont des questions qui se poseront le moment venu. C'est vrai, pour l'instant ça n'a vraiment pas lieu d'être. Donc je réfléchis pas trop. Je préfère profiter de ce que j'ai prendre, faire ce qu'il y a à faire sur l'été. Il y a tellement de choses à vivre...


Benoit : Je comprends. Toujours, d'un point de vue préparation, tu dis que le rythme est différent entre le 3x3 et le 5x5. C'est sûr quand on voit l'intensité d'un match 3x3, c'est totalement différent du 5x5. Est-ce que vous avez un conditionnement physique particulier du coup, lors de ces préparations ? Ou est-ce que vous travaillez uniquement la tactique qui est aussi spécifique ?

Hortense : Bien-sûr, quand on est en prépa - par exemple pour la prépa à la coupe du monde— on se met dans un mode de préparation spécifique aux 3x3. Le fond, ça reste notre préparation physique qui est fait tout au long de l'année avec le 5x5. On arrive malgré tout en forme parce que la saison vient de se terminer. C'est aussi des états de forme à gérer, parce que justement, on sort souvent d’une longue saison. Mais pour autant, on se met tout de suite dans une optique préparation 3x3 avec de la préparation spécifique, des exercices spécifiques, bien sûr.


Benoit : Ok et pour nos lecteurs, vos accompagnateurs pour la préparation 3x3, qui est une discipline spécifique, ce sont des personnes qui ont un palmarès ou du moins qui sont dédiés à cette discipline ? Ou c'est vraiment du staff du 5x5 qui essaient de s'adapter aux spécificités du 3x3 ?

Hortense : Euh non, la fédé, depuis déjà pas mal d'années, met beaucoup de moyens dans le 3x3 et encore plus là, les jeux olympiques arrivant. Il y a tout un pôle 3x3 donc avec des spécialistes, des coachs aux préparateurs physique. Donc oui, on ne va pas chercher chez le 5x5. Bien sûr que quand le 3x3 n'existait pas, c'était des coach et des intervenants du 5x5 mais maintenant qui ils sont totalement spécialistes du 3x3.


Benoit : D'accord. Transition sur la partie un peu plus playground. C'est un peu notre ADN chez BEBALLER… Donc le 3x3 à la base, était principalement joué dans la rue. Maintenant, ça s'est démocratisé un peu partout avec avec notamment l'investissement que fait la fédé dessus. Est ce que toi, t'es passée par la case playground ? Ça t'es arrivé de jouer sur les terrains extérieurs, quand t'étais plus jeune ou même encore maintenant.

Hortense : Quand j'étais plus jeune, surtout, je pense. C'est vrai qu'on se retrouvait pas mal l'été sur des playgrounds. Maintenant, je n'ai plus trop le temps, mais c'est toujours sympa, ne serait ce que de passer voir et regarder les gens jouer. J'aime beaucoup, c'est une bonne ambiance et c'est cette ambiance là qui est souvent retranscrite avec le 3x3.



Benoit : Ok très cool, et pour parler de transition, est-ce que c'est difficile pour toi de switcher du 5x5 au 3x3 ou bien ça se fait un peu automatiquement. Ça vient rapidement ?

Hortense : Difficile. Je ne pense pas que c'est le mot. C'est vrai que c'est pas un changement, une transition qui se fait rapidement non plus. Mais c'est pour ça qu'on a des préparations, qu'on a souvent des stages en amont des compétitions. On utilise souvent le terme « il faut enlever son manteau de 5x5 et remettre son manteau 3x3 » et inversement quand on bascule dans l'autre sens, parce qu'il y a des spécificités et que ça demande quand même un léger temps d'adaptation. On est habitué maintenant, on sait quelles sont les spécificités, ce qui va falloir qu'on modifie, les points sur lesquels il faut qu'on soit vigilantes. Mais non, ça se fait et ça se fait de mieux en mieux avec le temps et avec l’expérience.


Benoit : Pour la Coupe du Monde, rappelle-moi le nombre de sélections tu avais.

Hortense : Avec l'équipe de France, c'était ma 1ère ! (rire)


Benoit : Ok, c'est bien ce que ce que je me disais. Donc grosse performance !

Hortense : Oui, oui, c'est le cas de le dire. Si au début de l'été ou au début de l'année, on m'avait dit que je ferais une Coupe du Monde… et que je la gagnerais. Déjà J'aurais signé tout de suite ! et plusieurs fois même. Mais voilà, ça s'est fait étape par étape avec tout le processus de sélection et j'ai réussi à aller au bout et j'en suis très contente et avec en plus au final une très belle médaille pour ma première sélection, c'est quelque chose d'assez inimaginable à la base. Donc non, non, c'était la folie !


Benoit : Oui, c’est génial. Merci encore et félicitations pour ça ! Ça me permet aussi de rebondir sur le rôle que tu que tu as eu dans cette équipe. Quelle place tu as eu et comment tu l'as ressenti ?

Hortense : Je me suis sentie très très bien. C'est vrai qu'au 3x3, on est quatre à jouer, il n'y a pas le coach avec nous (même s'il intervient énormément et il nous apporte beaucoup hors du terrain et entre les matchs). Oui, c'est différent du 5x5 où vraiment les rôles sont définis et où parfois dans des sélections, on peut avoir des rôles plus petits et d’autres filles des rôles plus gros. Mais en fait, une fois qu'on est sur le terrain, on a chacune nos forces et chacune nos faiblesses. Dans le 3x3 on est nous-mêmes à 100 %, ce qui nous permet de n'être qu'une force pour l'équipe et de pas se retrouver cloisonnées dans un rôle qui nous correspondrait pas. Généralement, dans une équipe de quatre, on ne retrouve pas une fille qui a un "rôle plus important". Alors je mets des guillemets parce que sur certains points, sur certains moments, on va plus s'appuyer sur une personne qu'une autre. Mais en fait, on est quatre et tout le monde joue à peu près le même temps de jeu. Donc, il n'y a pas de rôle à proprement parlé. Sinon, d'un coté purement basket, on m'attendait sur l'aspect défensif ainsi que l'intensité que je pouvais mettre des deux côtés du terrain...


Benoit : Ça s'est bien ressenti en tout cas. À l'image de ton intensité dans les phases finales où on bien senti ton impact. Et quel a été le match le plus difficile selon toi ? Sur la Coupe du monde ?

Hortense : Je dirais l'Espagne parce que l'on n'avait pas encore été bousculées sur des débuts de matchs. On avait proposé des débuts de matchs vraiment intéressants tout au long de la compète. Là on a dû aller chercher un peu d'orgueil et de fierté pour revenir. Dès le quart de finale, être un peu dos au mur au bout de trois/quatre minutes pour au final aller chercher les ressources pour gagner. Franchement, ça s'est passé très vite, mais je pense que le match contre l'Espagne, c'était notre match le plus dur globalement.



Benoit : C'est intéressant parce que vous avez été aussi challengé avec la Chine. C'était totalement différent comme match. Mais l'Espagne, c'est quelque chose. Il y a toujours cette grosse rivalité dans un France-Espagne, ça donne toujours des beaux matchs.

Hortense : C'est vrai que la Chine, c'était dur aussi. Mais à la différence que la Chine, on l'a vraiment pris par le bon bout. La Chine, c'est une nation qui est très, très, très physique et très intense physiquement. Je pense qu'on a été presque surprise par moment, de se retrouver toute seule ou d'avoir la possibilité de prendre des layups à 1 contre 0. On faisait la différence parce qu'on était là, on était prête, on été en jambes. Et en fait, ça nous a presque surpris, je pense. Au final, sur la longueur on savait que ça allait être nous qui allions être maîtres du match. Mais oui la Chine aussi… Si je devais t'en donner un deuxième plus dur, ça serait la Chine.


Benoit : Merci pour ce regard sur ces deux gros matchs. Alors du coup on va passer sur une partie un peu plus « ressenti ». Ça fait quoi d'être championne du monde d'une discipline ?

Hortense : Pffff, encore aujourd’hui ! Même si bien sûr, j'ai re-basculé dans de la vigilance et la motivation des nouvelles compétitions qu'on prépare, j’ai toujours du mal à réaliser quand je me pose. Aujourd’hui, ça fait un mois jour pour jour, tu vois ? Et c'est vrai que c'est quelque chose d'incroyable ! Sur le coup, je pense que tu te le prends en pleine tête et tu te dis Wow ! Et le temps passant, tu commences à te rendre compte de l'ampleur du truc. Et, ce que je dis, c'est qu'on en a toutes les quatre gagnées des médailles. Quand on était en équipe de France Jeune par exemple. C'est vrai que ça a beaucoup de valeur, bien sûr, mais c'est pas des choses qui ressortent dans un palmarès. Enfin ça à le mérite de rester, mais ce qu'on retient, c'est les titres seniors. Et c'est vrai que moi, ma première sélection senior, faire un titre, je me dis, mais en fait… toute ma vie je serais championne du monde. Toute ma vie je serais championne du monde de basket ! C'est quelque chose. T'en prends conscience encore les semaines et les mois suivants. C’est un truc qui te suis quotidiennement. Moi c'est ça qui me marque, c'est que tous les jours, en fait, j'y pense.


Benoit : C'est vrai, tous les jours ?

Hortense : Je ne suis plus sur mon nuage, à être complètement à l'ouest, à me dire olalah qu'est ce que je viens de vivre ? Mais c'est vrai que tous les jours, tu te le rappelles et tu te dis putain, t'as fait ça quand même ! N'oublie pas que ça a de la valeur. Et franchement tous les jours, les gens te félicitent ou en reparlent. Donc forcement tu te le redis quoi. T'as fait ça. Ça s'oublie pas.


Benoit : C'est sûr, c'est magnifique. À mon avis ce que tout sportif rêve d'accomplir... Et alors, comment vous avez célébré ça, avec l'équipe ?


Hortense : Alors, juste après le match et la cérémonie de remise des récompenses, avec les garçons, on est tous allé mangés ensemble. On a tous été boire un pot et manger avec la fédération. C'est des moments très sympas parce que c'est hyper intimiste et on reste encore entre nous. Tu partages vraiment les moments avec des gens que tu côtoies. Donc tu te sens hyper privilégié de ce que t'es en train de vivre. Ça permet de pas mettre de point final directement après la cérémonie de récompense. Et après, ça se prolonge bien sûr, plus ou moins pour certains, jusqu'au reste de la nuit. Mais ça, c'est des des choses qui restent secret (rire)


Benoit : Même si on aimerait, on ne va pas creuser plus. Si c'est secret (rire)

Hortense : Il n'y a pas de grand secret, mais en tout cas, on a bien profité. On l'a bien fêté.


Benoit : C'est super important de savourer les victoires et de ne pas enchaîner tout de suite, de marquer un peu la pause, je pense. Et quand il se passe ce scénario dès sa première sélection : une Médaille d’or ! C’est quoi la suite ?


Hortense : La suite, c'est de vite se remettre au travail malgré tout parce ce que c'était super tôt dans


l'été cette compétition. Derrière on a deux très grosses compétitions qui nous attendent avec la Coupe d'Europe à la fin de l'été. Donc c'est vrai qu'on n'a pas le temps de trop se disperser. Mais c'est bien aussi parce qu’avoir un titre, ça te donne envie de rejouer dès le lendemain. J'ai envie de repartir au boulot. J'ai envie de tout gagner quoi ! Et tu prends vite conscience que c'est du 3x3 et qu’au 3x3, c'est pas facile de rester au sommet. C’est le plus difficile - c'est comme dans tous les sports - mais le 3x3 ça va très vite et tu peux perdre des matchs que tu pensais pas perdre, ça va très très vite sur cet aspect là. Donc il faut vite se remettre au boulot et bien bosser. Comme tu dis, le fait d'avoir une médaille d'or, ça donne envie d'aller en chercher plein plein d'autres !


Benoit : C'est ce qu'on espère pour toi et le basket français !

Hortense : Merci !


Benoit : Je voulais savoir si tu avais un petit mot à dire pour celles et ceux qui veulent se lancer justement dans cette discipline. Qu'est ce que tu conseilles pour ceux qui démarreraient, qui mettrait les premiers pas dans le 3x3 ?

Hortense : Je pense que les gens ont pu voir que déjà c'est un sport qui plait beaucoup, qui est hyper appréciable à être regardé, à être vécu. Parce qu'en fait c'est une espèce de communion entre les gens qui sont dans les tribunes, les gens qui sont sur le terrain, les coachs qui sont dans les tribunes, les gens qui sont derrière leur ordinateur à regarder. En fait, on a l'impression qu'on ne fait qu'un et qu'on a tous vécu la même chose. Et c'est ça qui est hyper plaisant. Parce que je trouve que dans beaucoup de sports, il y a des jugements de valeur sur la performance et les gens ont vite tendance à voir ce qui est un peu moins bien, et ne pas reconnaître la performance en elle-même et tout le travail qu'il y a derrière ce qu'on voit sur un écran. Pour tous les sportifs, pour tous les coachs, et pour les fédérations. Alors que, pour le 3x3, tu vois à travers l'écran une communion entre les deux équipes féminines et masculines, avec le staff, avec les supporters. C'est des choses qui montrent ces valeurs. Le collectif, la générosité, le partage. Si je devais recommander aux gens qui apprécient le basket de faire du 3x3 c'est parce que ça te permet aussi de te mettre en confiance. Parce que ça va vite. On peut jouer de la manière dont on a envie de jouer.

Bon bien sûr qu'il y a des aspects tactiques… mais si on a envie de se faire plaisir, il y a rien de mieux que de faire du 3x3. On génère très rarement de la frustration. Un autre aspect positif, c'est vraiment le partage de valeurs énormes et le partage du moment qui sont exceptionnels. Il y a une ambiance, où tu joues en musique et à l'extérieur dans des endroits qui sont supers sympas, en plein cœur d'une ville. Des endroits que tu n’aurais pas pu imaginer si tu remontes 10/15 ans en arrière. Tu n’aurais pas pu imaginer qu'on puisse faire des tournois de basket en plein centre ville. On serait aller dans un stade avec des tribunes et voilà.


Benoit : C'est vrai, il y a toute une ambiance autour du basket 3x3 qui est super intéressante et qui apporte un plus à la discipline.

J'ai une dernière question : On s'est rencontré au Quai 54. Pourquoi tu as décidé d'y participer ?

Hortense : J'en ai entendu parler plusieurs fois avant même qu'il y ait l'édition pour les filles. C'est une ambiance qui a l'air ouf quand tu le vois de l’extérieur. Au pied de la tour Eiffel, tout ça. Et on m'a proposé de le faire très tardivement et je me suis dit bon bah feu ! Ne serait-ce que pour l'expérience. J'y allais pas avec un objectif de performance du tout. Ma priorité sur cet été, ça reste le 3x3, donc j'avais envie d'y aller et de profiter de l'expérience. Ne pas me pas me blesser, ne pas me faire mal… Et pour ne pas se faire mal, le plus important, c'est justement de le prendre au sérieux. Généralement, c'est ça qu'on nous dit, c'est que si tu veux pas te faire mal, il faut faire les choses à 100 % et à fond. Donc c'est ce que j'ai essayé de faire. Vivre l'instant tout en le savourant, en faisant attention à mon corps. Et franchement, c'était vraiment très cool. Une ambiance de fou. J'ai beaucoup aimé !


Benoit : En tout cas, c’était un plaisir de te voir jouer. Et oui, l'ambiance dingue !

Merci d'avoir répondu à nos questions et celles de nos utilisateurs. On se revoit bientôt pour parler plus en détails de ton parcours et en découvrir un peu plus sur toi !



Conclusion : Hortense Limouzin a été super disponible pour répondre à nos questions. Merci à elle de s'être prêté au jeu malgré son calendrier chargé.

Nous avons choisi d'aborder le sujet de son titre récent et on espère pouvoir la recevoir à nouveau pour décrypter son parcours et d'autres aspects de cette talentueuse joueuse !s

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